mardi 6 mars 2012

Que vous réserve SSTIC cette année ?


Comme prévu, le programme de la conférence SSTIC 2012 a été publié aujourd’hui (hors conférences invitées). Cet événement n’est pas guetté avec autant de fébrilité que l’ouverture des inscriptions, mais permet néanmoins de prendre le pouls de la recherche française en sécurité informatique.

Et comme disent souvent les vieux (dont je crains de faire partie) : « c’était mieux avant » …

Car s’il a pu exister une vieille rivalité entre les quelques laboratoires de recherche privés en SSI (tels que Sogeti/ESEC, Orange R&D, LEXSI et EADS Innovation Works), c’est désormais bien fini.

Si vous avez aimé DNS-SEC par l’ANSSI en 2011, alors vous adorerez ce cru 2012, à base de :
Ajoutez 3 personnes de l’ANSSI au Comité d’Organisation, 4 au Comité de Programme. Mâtinez le tout de quelques universitaires qui « tournent » dans le circuit depuis longtemps, et vous obtenez un programme parfaitement équilibré … ou pas.

On pourrait se féliciter d’une telle efficacité de l’Agence à sécuriser l’Internet français … et à le faire savoir.

On pourrait aussi déplorer qu’après avoir asséché les compétences disponibles sur le marché, concurrencé de manière déloyale les prestataires de services (au moins dans les domaines de l’audit, de la formation continue et de la réponse aux incidents), et réglementé le secteur de la prestation de services au risque de voir les petits cabinets disparaître, l’Agence jette désormais son dévolu sur les conférences de sécurité.

Est-ce un bien ou un mal ? Pour avoir assisté à toutes les éditions de SSTIC depuis la première, je crains que l’esprit « hacker » (désolé pour ce mot vulgaire) des origines, déjà bien amoché par l’obligation d’envoyer un article LaTeX de 20+ pages, ne succombe à la pesanteur conjuguée de l’administration et de la recherche universitaire. On s’éloigne d’un CCC à la française, où l’on puisse parler librement de protocole GSM, de sécurité des cartes bancaires, ou du site « impots.gouv.fr ». Fini la révérence du groupe Rstack sur scène en guise de conférence de clôture (pour ceux qui s’en souviennent). On se dirige plutôt vers un monde où OCaml nous sauvera des XSS (ou pas) grâce à des anciens de l’Agence. Voire à une migration de Rennes vers le Mont Valérien - après tout les RMLL ont bien quitté Bordeaux pour aller à Strasbourg (et maintenant Genève).

Au fait !

Si vous m’avez lu jusque là, vous commencez à vous douter qu’une telle diatribe n’est pas le fruit du hasard. Levons le suspens : ma soumission à SSTIC a effectivement été rejetée :)

Vous me direz : « c’est le jeu », et je vous l’accorde. D’ailleurs j’avais déjà été refusé deux fois à SSTIC : l’année où les *Box étaient accessibles en Telnet côté Internet, et l’année où nous avions inventé le forensics du fichier d’hibernation avec Matthieu Suiche (ça n’est pas moi qui le dit, mais Harlan Carvey).

Mais cette fois-ci c’est différent. Comment ne pas penser que « quelquechose » s’est cassé quand on lit une revue telle que celle-là (authentique) :
« Et quid de la légalité d'une conférence qui ne fait que le reverse engineering d'un produit commercial ? »

Sachant que la première conférence de l’édition 2012 concerne le reverse engineering d’un firmware Qualcomm, cela prête à sourire. Sans compter que les éditions précédentes ont abordé le reverse engineering de Microsoft Bitlocker (par … l’ANSSI !), de cartes réseau Broadcom (par … devinez qui :), etc.

Les revues sont bien évidemment anonymes, mais je suis prêt à parier une bière que ce commentaire émane de l’ANSSI, et plus précisément du CERTA. Vous savez, ceux qu’on ne voit jamais chez les clients victimes d’APT : ils font faire le sale boulot d’ouverture de binaires par le bureau inspection, Microsoft Services, ou des prestataires de service. Car « l’administration se doit d’être irréprochable » (authentique également). Bien sûr, je peux me tromper :)

Le reste des relectures sont à l’avenant, je vous en fais grâce ici.

Pour conclure sur SSTIC : inutile de remplir le sondage. Non seulement les résultats restent secrets (même les auteurs n’ont pas accès aux informations sur leur propre prestation), mais de plus ça n’éclaire en rien le Comité de Programme dans ses choix ultérieurs.

Existe-t-il un horizon ?

Bien entendu, cette situation ne convient pas à tout le monde. Et comme la nature a horreur du vide, d’autres conférences françaises d’excellente tenue ont vu le jour : Hack In Paris et Hackito Ergo Sum par exemple.

Si vous voulez discuter amicalement autour d’une bière avec des talents (et non pas des stars) de la sécurité tels que Fyodor Yarochkin, Marc Van Hauser, Dmitry Sklyarov, Cesar Cerrudo ou Travis Goodspeed, n’hésitez pas : les inscriptions sont ouvertes ! Et en plus, il y en aura pour tout le monde.


PS. Message personnel pour Arno (de l’ANSSI, mais qui ne l’est pas aujourd’hui ?) : désolé pour tes 5 euros, mais il n’y aura pas de démo technique cette année. Si tu as lu ce billet et que tu as bien rigolé, puis-je les garder en dédommagement ? Merci.

jeudi 29 décembre 2011

Les jeux sont faits

Depuis le 16 décembre 2011 est en ligne la version 1.0 du Référentiel d’exigences pour la labellisation des prestataires d’audit SSI - qui font partie des PSCO (Prestataires de Services de COnfiance, une notion introduite par le RGS). D’ailleurs l’article de l’ANSSI précise que le document actuel sera intégré à la prochaine version du RGS.

Ce document - qui avait déjà fait parler de lui - n’est pas applicable en l’état : on peut lire page 7 que: « La procédure d’évaluation de la conformité des prestataires d’audit aux règles du Référentiel qui leur sont applicables fera l’objet de documents complémentaires ».

Néanmoins le document existant mérite d’être étudié, car il est appelé à devenir une référence dans les futurs appels d’offres de l’administration – du moins si un nombre suffisant d’acteurs jouent le jeu, puisqu’on peut lire sur le site de l’ANSSI que : « Les autorités administratives peuvent utiliser ce référentiel, en totalité ou en partie, dans les cahiers[1] des charges de leurs appels d’offres de prestations d’audit. Une fois le nombre de qualification de prestataire d’audit suffisant, elles pourront également requérir que l’audit soit réalisé par un prestataire qualifié ».

Que le lecteur se rassure : je ne vais pas me lancer dans une analyse différentielle ligne à ligne des versions 0.9 et 1.0 du même document, mais plutôt jeter quelques bouteilles dans l’océan qui me sépare de l’administration.

Premier point qui me fait chaud au cœur : la page 10. Oui, vous ne rêvez pas, le terme « ingénierie inverse » fait partie des compétences nécessaires au pentester. C’est une révolution de palais – ou une facétie de l’éditeur, car ce terme n’apparaît plus en page 21 (tous les audits applicatifs nécessitent d’avoir accès au code source) ni en Annexe B (dans la liste des compétences techniques).

Deuxième point notable : il n’est plus nécessaire de savoir tout faire. Un prestataire peut être certifié sur tout ou partie des périmètres suivants :
•    Audit d’architecture
•    Audit de configuration
•    Audit de code source
•    Test d’intrusion
•    Audit organisationnel

Il est précisé toutefois page 7 qu’un prestataire ne peut pas être certifié uniquement sur le test d’intrusion ou l’audit organisationnel : « une telle activité étant jugée insuffisante si elle est menée seule ». Voilà qui risque d’éliminer un certain nombre de micro-entreprises … a contrario, j’en connais d’autres qui doivent jubiler devant une définition aussi proche de leur activité – il ne manque qu’une exigence sur les compétences juridiques et/ou CNIL pour éliminer le peu de concurrents encore en lice.

Le document se prononce également sur le délicat sujet du social engineering : on peut lire page 14 que les tests doivent être conduits « dans le respect des personnels ». Ce sujet épineux avait déjà beaucoup agité la Fédération des Professionnels du Test d’Intrusion – lorsqu’elle existait.

Enfin le document donne en page 12 la réponse à la sempiternelle question : « qu’est-ce qu’un ancien hacker » ? Dormez tranquilles : « Le prestataire d’audit peut également demander au candidat une copie du bulletin n° 3 de son casier judiciaire ». Le principe de bon sens « pas vu – pas pris » continue donc de s’appliquer. Désolé pour les « hackers repentis » … Il faut dire que les prestataires de services auraient été victimes de concurrence déloyale s’ils ne pouvaient pas recruter d’anciens hackers comme l’ANSSI ;)

Pour finir, une nouvelle compétence a fait son apparition en page 10 : « L’auditeur doit disposer de qualités rédactionnelles et de synthèse et savoir s’exprimer à l’oral de façon claire et compréhensible, en langue française ». Moi qui était déjà favorable à la dictée lors des entretiens d’embauche, voilà désormais qu’il va falloir introduire le PowerPoint Karaoké … ce qui risque d’être autrement plus sélectif que le challenge SSTIC !

Pour conclure, il est encore difficile de dire où tout cela va nous mener. Quels vont être les critères techniques d’évaluation des prestataires, particulièrement dans des sciences molles comme l’audit organisationnel ? Qui va faire passer les certifications ? Des sociétés privées mandatées par l’ANSSI ? Y aura-t-il un QCM ? Sera-t-il possible de tricher ? Et surtout : est-ce que les prestataires vont se ruer vers la certification ?

L’expérience de la CSPN semble montrer que le ratio complexité/intérêt s’est avéré trop élevé pour les prestataires d’audit comme pour les éditeurs de logiciels.

Même si ce référentiel va s’imposer de lui-même pour la prestation de service aux administrations, il n’est pas dit qu’il connaisse le même succès dans le domaine des prestations privées … surtout si un standard ou une norme - américaine ou internationale - apparaît d’ici là !

PS. Bonne année à tous ! Et oui, j’ai pris la résolution de bloguer plus en 2012 :)

[1] Je me suis permis de corriger une typo ici, car les correcteurs orthographiques Microsoft sont notoirement meilleurs que leurs équivalents Open Source ;)

jeudi 9 juin 2011

Yahoo! (ou Android ?) #fail

Un micro-post pour faire suite à mon intervention au SSTIC (et dissiper les malentendus lus sur Twitter).

L'application "officielle" Yahoo! Mail pour Android communique périodiquement en HTTP avec "controller.php" ... et fait fuir le cookie de session au passage.

A ne jamais utiliser sur un WiFi non protégé, donc.